La crise du logement – Partie 2: Femmes et pauvreté

Fanny-Louise Senécal,  intervenante sociale
Célia-Félixe Dagenais, carrière été

Comme nous l’avons vue dans l’article: Crise du logement, itinérance et pauvreté chez les femmes en Estrie –  Les femmes locataires, la situation des femmes locataires favorise un état de précarité et d’itinérance. Nous savons que la discrimination des femmes au logement s’explique par une déresponsabilisation de l’État face aux inégalités sociales, dont la pauvreté. Cette problématique, quoique spécifique, n’est pas anodine, la pauvreté systémique chez les femmes est intimement liée à celle du droit au logement et la Fédération des femmes du Québec l’affirme depuis longtemps : « la pauvreté à un genre ». On peut constater au sein de notre société, une certaine croyance selon laquelle l’égalité est atteinte entre les hommes et les femmes. Malheureusement, malgré les avancements légaux, la réalité est loin de l’être. Ou plutôt, les réalités. Puisque non seulement il existe un écart entre les hommes et les femmes privilégiés (cisgenre, hétérosexuels.lles, blanc.ches, etc.), mais il existe également un écart entre les femmes elles-mêmes, dont plusieurs vivent d’autres discriminations en plus du sexisme.

Les femmes représentent :

  • la majorité des familles monoparentales;
  • la majorité des employé.es à salaire minimum
  • la majorité des employé.es à temps partiel
  • la majorité à travailler dans le domaine de la restauration et de l’alimentation
  • la majorité à travailler dans le milieu communautaire
  • la majorité à travailler dans les services publics : éducation, santé et services sociaux 
  • la majorité à s’impliquer dans les actions citoyennes

Et pourtant:

  • Elles sont majoritairement exclues dans les conditions d’admissibilité pour du chômage et doivent se retrouver à bénéficier de l’aide de dernier recours. Les conditions d’admissibilité excluent systématiquement un grand nombre de femmes qui travaillent à temps partiel pour prendre soin de leurs enfants ou d’un.e proche.
  • Même si les filles sont moins nombreuses que les garçons dans les statistiques de décrochage scolaire, ce sont elles qui en souffrent plus de manière systémique, en raison des conditions de travail précaires des domaines traditionnellement féminin.
  • Les domaines d’employabilité traditionnellement féminins sont toujours moins rémunérés que ceux des emplois considérés traditionnellement masculins.

C’est ainsi que l’on remarque l’écart entre l’égalité de droits et l’égalité de faits.


Il est important de rappeler qu’en plus des violences économiques, les risques de violence conjugale, d’agressions à caractères sexuelles et d’exploitation sexuelle représentent d’autres éléments aggravant quant à l’accès au logement chez les femmes à la croisée des oppressions ; particulièrement les femmes sans statut qui ne peuvent avoir accès aux services d’aide financière ni aux subventions au logement, les femmes autochtones ; ainsi que l’ensemble des femmes qui sont systématiquement discriminées par les critères d’admissibilités des programmes gouvernementaux.

L’ensemble de ces facteurs augmentent les risques de dépendance chez les femmes. Que ce soit l’anxiété, les traumatismes, les violences, l’exploitation, la précarité financière, l’effritement de leur réseau de soutien ou le manque d’accès à des ressources de santé et de services sociaux (particulièrement lors d’une pandémie) et bien d’autres, les femmes peuvent être plus susceptibles de prendre des habitudes de consommation problématique. Elles peuvent recourir à la consommation afin de s’automédicamenter, de se réchauffer, de couper la faim, etc. Elles risquent d’augmenter leur quantité et leur fréquence de consommation. Les difficultés économiques peuvent aussi avoir un impact direct sur la qualité de la substance qu’elles consomment ainsi que la salubrité de l’environnement dans lequel elles le font.  Les risques au plan de la santé sont aussi augmenter dans des circonstances d’itinérance lors d’une consommation de substances psychoactives. Il est connu que beaucoup de femmes consomment des substances psychoactives lorsqu’elles se retrouvent en situation d’itinérance.

Pour plus d’informations sur l’itinérance chez les femmes à Sherbrooke, nous vous invitons à consulter l’Étude sur les besoins des femmes à risque ou en situation d’itinérance. Une étude régionale basée sur l’analyse différenciée selon les sexes et intersectionnelle (l’ADS+) qui a mené à l’élaboration d’une stratégie régionale pour améliorer l’accessibilité et la sécurité des services et des ressources offerts aux femmes en Estrie. Vous pouvez visionner la vidéo de sensibilisation ici, sur le site de la Table régionale des groupes de femmes de l’Estrie (CAFE).

Comme vous pouvez le constater, ce n’est ni le début ni la fin de cette lutte pour le droit universel au logement. Une lutte qui a commencé en 1940, grâce à des groupes de femmes citoyennes, qui se rassemblèrent sous la forme de comités de quartier, jusqu’à ce que les organismes communautaires autonomes prirent la relève dans les années 60. C’est d’ailleurs grâce à ces derniers qu’il existe aujourd’hui un Tribunal administratif du logement. 

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